Petite fille au corps de femme…

Le soir où ma fille m’a appelée à la rejoindre dans la salle de bain pour me chuchoter : « Maman, j’ai mes règles! » restera gravé dans ma mémoire à tout jamais.

Depuis plus de six mois, les choses étaient allées trop vite. Le corps de notre fille s’était complètement métamorphosé. Déjà qu’elle avait eu une poussée de croissance remarquable un an auparavant. Pourtant, là, c’était trop rapide… Nous nous lancions même des clins d’œil son papa et moi à chaque occasion en voulant dire : « As-tu vu le changement? »

Notre bout de chou allait avoir neuf ans dans une semaine. Neuf ans! J’aurais dû aborder avec elle le sujet des menstruations, de la reproduction, des choses de grands… Mais, non. Je n’avais pas pensé à le faire ou, pour être plus honnête, je repoussais plutôt l’inévitable en me disant que je le ferais bientôt et que, de toute façon, elle aurait un cours sur ça l’an prochain.

Quand elle m’a annoncé la nouvelle, je l’ai tout de suite serrée dans mes bras et je lui ai dit : « Mabrouuuk (félicitations)! Bienvenue dans le monde des grands! » Elle a plutôt éclaté en larmes, et j’ai entendu, entre deux sanglots : « S’il te plaît, maman, je ne veux pas grandir maintenant; fais quelque chose! »

Cette phrase a fini de m’achever! Moi aussi, je ne veux pas! Moi aussi, je voulais garder ma fillette!

Je l’ai rassurée en lui disant qu’elle resterait toujours mon bébé même si elle avait 60 ans. Intérieurement, mon cœur pleurait : je devais subitement faire le deuil de cette petite princesse et accueillir cette grande demoiselle. Pourtant, ces deux personnes n’en faisaient qu’une : il s’agissait de mon BÉBÉ!

Je lui ai donc expliqué les choses comme il faut, j’ai pris le temps de lui montrer comment utiliser des serviettes hygiéniques et j’ai insisté sur l’importance de l’hygiène… Je sentais qu’elle se laissait submerger par l’acceptation au fur et à mesure que mes explications démystifiaient la situation.

S’il te plaît, maman, je ne veux pas grandir maintenant; fais quelque chose!

Après le souper, une scène est venue me chercher : ma grande demoiselle, jambes croisées sur le divan (serviette hygiénique bien en place), en train d’éclater de rire devant son dessin animé préféré…

Petite fille au corps de femme! Tu m’as fait pleurer, et ça m’a soulagé! J’ai même fini par rire, moi aussi…

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