Vivre loin de sa famille

Il y a 9 ans, je suis partie de mon petit coin perdu de Lanaudière pour la Grande Ville. Pas Montréal, non, trop près encore ! Non, je suis partie pour Québec rejoindre une amie, avec qui j’ai été colocataire durant mes premières années de « liberté ». Je voulais vivre ma vie, et je sentais que je n’arriverais pas à m’émanciper réellement sans mettre un paquet de kilomètres entre ma famille et moi.

Même si le choc fut grand entre le confort du nid familial et vivre à 250 km de là toute seule ou presque, ce fut bénéfique. Je suis devenue autonome, j’ai réussi à me créer une identité qui me ressemblait et non celle que ma famille s’attendait de me voir avoir. Tout allait bien jusqu’à ce que je le rencontre, lui. Je ne vous parlerai pas de l’effet, dans une famille avec des idées bien arrêtées sur les immigrants, d’arriver avec un copain Français (ça sera peut-être l’objet d’un autre billet, qui sait !) mais je peux vous dire la peur que j’ai eu lorsque j’ai vu le petit + sur le bâton blanc et bleu sur lequel je venais de faire pipi.

Mais comment on va faire sans famille. La mienne à 2h 30 de route, la sienne à 7h  d’avion et 6h de décalage horaire au téléphone…. J’entendais déjà l’employeur soupirer après un appel de « Je ne peux pas rentrer, le petit est malade… et demander « ses grands-parents ne peuvent pas le garder ? » . Nonobstant le fait que nos parents n’ont pas l’âge de la retraite et travaillent tous, il y a 250 km d’autoroute 40 et environ 2 jours de préparation/voyage/arrivée.

Non, ils ne peuvent pas. Et malheureusement pour moi, je l’ai déjà expérimenté lorsque j’ai du appeler pour signifier mon absence car mon fils faisait de la fièvre, que mon conjoint avait raté son après-midi de travail la veille pour aller le chercher à la garderie et que c’était mon tour de rester avec lui.

Avoir des enfants sans famille autour, c’est devoir mettre une croix sur le lien spécial que j’avais avec mes grands-parents et que j’aurais donc voulu revoir entre mes parents et mes enfants. C’est ne pouvoir compter que sur papa pour prendre la relève durant les coliques, poussées de croissance, maladie. C’est magasiner une petite gardienne pour pouvoir sortir un soir…. Et finalement n’appeler aucune des 5 petites annonces amassés parce que « sont tellement trop petits pour se faire garder », et attendre la venue de papy aux deux mois pour se permettre une sortie (et être évidemment trop fatigués CE JOUR-LÀ pour en profiter)

C’est aussi devoir s’inventer une nouvelle famille avec nos amis. À mon deuxième accouchement, c’est mon amie qui a gardé mon grand pour deux nuits et je lui ai rendu la pareille en gardant ma filleule 3 mois plus tard, lorsque son petit frère est né. C’est inventer des tontons et des taties aux enfants parmi nos amis proches, puisqu’ils ne voient pas les vrais assez souvent pour qu’ils soient significatifs.

C’est compter sur l’internet et le téléphone, sur Skype et Facebook, pour donner des nouvelles aux familles, en sachant très bien qu’ils ont une petite rancœur de ne pas les voir en vrai assez souvent.

Malgré cela, ça a du bon. Si si, je vous jure. Ça permet aussi de voir lesquels de nos amis sont toujours présents, même après les enfants, lesquels sont prêts à prendre la place dans la famille élargie de l’enfant. Ça permet aussi d’élever les enfants sans les pressions familiales diverses, juste deux adultes qui se parlent de ce qu’ILS veulent pour les enfants qu’ILS ont décidé d’avoir. Ça permet aussi de transmettre les valeurs qui nous sont chères, et non celles avec lesquelles on a été élevés mais auxquelles on adhère peut-être pas vraiment…. On ne veut pas mettre de pression religieuse aux enfants ? Pas de mamie aux deux semaines pour demander à quand le baptême. Et encore, Québécois et Français, nous avons la même religion à la base, je n’ose imaginer avec deux familles de deux différentes religions…

Aujourd’hui, mon fils a presque 4 ans et ma fille 2 ans. Nous sommes propriétaires, j’ai décidé d’ouvrir mon service de garde à la maison pour rester avec eux et ne plus dealer avec l’air bête d’un employeur parce que je ne suis pas rentrée la veille pour maladie d’un coco. Nous sommes heureux. Peut-être bien fatigués, peut-être qu’on arrivera finalement à appeler l’un des 5 bouts de papiers dans le portefeuille avant qu’un troisième enfant ne pointe son nez. Ou peut-être pas. Peut-être qu’on s’invente un masque de compassion quand on entend nos familles se plaindre qu’ils ne voient pas assez les enfants alors qu’on a envie de lever les yeux au ciel. Mais on est heureux avec notre petite famille,  les amis qu’on a ici, la qualité de vie que l’on a, et je crois qu’ils valent amplement le fait de n’avoir aucune famille proche. Et lorsqu’on les voit, on met de côté leurs défauts et on laisse juste les enfants profiter de papy/mamie.

On a fait le choix d’élever nos enfants sans la pression de l’entourage, que pour eux voir la famille soit une occasion de fête et non une routine. On a choisi de se faire confiance en tant que parents que tout irait bien et, qu’a deux, avec des amis, on arriverait à recréer ce Village qu’il faut pour élever un enfant…

P.S.: Quelques jour après le premier jet de ce texte, des ennuis de santé dans la famille font quand même regretter beaucoup la distance, à l’idée de ne pas avoir le temps de se rendre pour un dernier au revoir….

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