Petite leçon d’intimidation

Nous le savons tous maintenant : l’intimidation en milieu scolaire est un fléau qui ronge notre société. En tant qu’enseignante, j’ai parfois l’impression d’être laissée à moi-même. Nous avons, d’un côté, peu de ressources disponibles pour combattre l’intimidation et de l’autre, des parents qui pensent que cela se résume à «une affaire qui regarde l’école». Non, il s’agit plutôt d’une affaire qui regarde la société.

Une étudiante est venue me voir en sanglotant. Elle m’affirme avec grand chagrin qu’elle «n’en peut plus»; cela faisait des semaines qu’elle vivait de l’intimidation. À vrai dire, j’étais sous le choc : je n’avais pas du tout vu venir cela! Je ne comprenais pas quand ni comment tout cela avait pu arriver, dans ce beau groupe. Il y a bel et bien quelque chose qui m’avait échappé et cela a été un dur coup à encaisser.

La dénonciation est souvent une expérience assez difficile, inquiétante et chargée d’émotions. Des gens me demandent souvent des conseils sur quoi dire et ne pas dire à un enfant victime d’intimidation. Avant tout, la personne qui reçoit la dénonciation doit faire très attention à sa propre réaction. Il faut garder en tête, en tant qu’éducateur et en tant que parent, que notre objectif premier est d’écouter et de réconforter ce jeune qui nous considère comme une personne digne de confiance. Cet enfant ressent une détresse et désire la partager avec vous, alors, écoutez-le attentivement et permettez-lui de partager ce poids avec vous.

À la suite de la dénonciation d’intimidation, il est important, si vous êtes le parent, de contacter l’enseignant(e) ou l’école. Faites savoir à l’enfant que vous êtes à son écoute en tout temps et qu’il peut compter sur vous. Restez aussi attentif aux comportements de l’enfant à la maison. Si vous avez besoin d’aide, n’hésitez pas à contacter le psychoéducateur ou le travailleur social de l’école ou encore celui du CLSC.

Après la dénonciation de mon étudiante, j’ai passé la nuit à consulter mes ressources et mes livres «anti-bullying». Le lendemain, j’empoigne deux pommes de mon frigo et quitte pour l’école, un peu anxieuse.

J’arrive toujours assez tôt, dans ma classe; j’aime bien prendre mon temps pour planifier mes journées et boire mon café. Toutefois, je savais que cette journée allait être assez particulière : j’allais réaliser une expérience sociale, dans ma classe. Évidemment, si je voulais réussir ma leçon, il était nécessaire de ne pas faire d’introduction.

Je prend donc mes deux pommes, les présente à ma classe et demande à mes élèves de me les décrire. Mon groupe s’entend pour dire que ce sont deux belles pommes rouges. Soudain, je lance une des deux pommes sur le plancher sous les regards perplexes de mes élèves qui s’interrogent du regard les uns les autres. Je leur dis alors que les pommes me répugnent et je leur fais part de mon dégoût.

« Je ne sais pas pourquoi ça existe », « ce n’est même pas bon une pomme! Comment pouvez-vous manger ça ?», « Ça pue, c’est juste dégoutant!

Les fameuses pommes utilisées pour l’expérience

Je questionne mon groupe au sujet de cette pomme, à savoir si elle est toujours «aimée». Comme ma classe a embarqué dans mon jeu, ils détestent maintenant tous cette pomme. Je leur demande si cette fameuse pomme est toujours aussi «belle». La réponse est oui, mais elle reste haïe.

Je me dirige vers mon bureau et coupe en deux la pomme que j’ai jetée par terre. Je leur montre l’intérieur. Je coupe ensuite la deuxième pomme et leur demande de la regarder. Je n’ai même pas eu besoin de m’expliquer que je vois déjà plusieurs mains levées.

«Madame, tu essaies de nous parler de bullying, c’est ça?», me demande un étudiant. Je les questionne sur leur réflexion. Un élève me dit ce qui suit : «Une personne qui est intimidée est toujours pareille de l’extérieur, mais je pense qu’elle est blessée à l’intérieur.» J’ai poussé un grand soupir de soulagement à ce moment-là.

L’éducation commence à la maison; il faut éduquer nos enfants. L’intimidation fait trop de ravage dans nos écoles. De bons enfants issus de bonne famille, inconscients du mal qu’ils font, intimident d’autres élèves.

Ce soir, après avoir lu ce texte, prenez deux minutes et parlez avec vos propres enfants du harcèlement. Rappelez-leur les conséquences de l’intimidation, rappelez-leur combien de vies sont brisées à cause de mots et de jugements durs et échangez avec eux sur le sujet.

Written By
More from Zeinab El

Etre solidaires entre mères

Il y a quelques jours, j’avais rendez-vous à l’hôpital. Je suis arrivée...
Read More

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

sixteen + nine =