Choisir un accouchement difficile

J’ai toujours été fascinée par la sagesse que l’on peut retirer des moments difficiles que l’on vit. Pourquoi Dieu aurait voulu que l’on traverse des moments difficiles, des fois des épreuves semblant insupportables seulement pour nous faire comprendre des leçons si précieuses ou nous donner une victoire inattendue?

Malgré le fait que je n’ai pas la réponse à cette question philosophique dont débattent les penseurs de nos temps, c’est seulement lorsque j’ai traversé une épreuve que j’ai pu accueillir la douleur plus gracieusement dans ma vie. Le fait de me rappeler de ces journées difficiles me serre encore le coeur et je me demande encore comment j’ai pu sortir de ce trou noir. La vie n’avait plus le même goût et j’étais prisonnière de mes propres pensées. Par contre, c’était dans ces moments difficiles que ma relation avec Dieu était la plus proche. Mes rituels religieux n’étaient plus monotones mais plutôt une source de confort.

Durant cette période éprouvante de ma vie, je réalisais aussi que c’était dans ma vulnérabilité que j’ai pu retrouver qui j’étais vraiment et ce que je voulais accomplir. Il n’y avait plus de place pour des intentions non sincères. J’étais forcée à être honnête avec moi-même.

Maintenant, quelle est la relation entre ce que je viens de vous raconter et ma décision de vouloir accoucher naturellement ? Vous voyez, pour moi, c’est complètement relié. Le fait d’être éclaircie et épanouie après avoir vécu la plus grande épreuve de ma vie est la raison pour laquelle je suis plus ouverte à accueillir la douleur dans ma vie. J’ai compris que la douleur n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Des fois, il peut être sage de l’accueillir à bras ouvert en attendant patiemment les leçons qu’elle nous enseignera ou les cadeaux qu’elle transportera, tout cela après le passage d’une tornade semblant mortelle.

Donc durant les mois subséquents mon accouchement, j’avais décidé de ne pas me soumettre à la peur. Chaque jour, j’écrivais des affirmations positives comme «je suis capable», «je suis sereine», «Dieu a crée mon corps pour entreprendre ce travail difficile», etc. De plus, j’avais suivi tous les conseils de ma sage-femme et j’ai dévoré plusieurs bouquins sur la maternité pour faciliter un accouchement naturel ; thé à la feuille de framboisier, consommer des dattes durant le troisième trimestre et l’exercice physique.

J’essayais aussi de ne pas trop me mettre de la pression et de comprendre que des fois, notre bébé et notre corps décide autrement que nous et notre rêve d’accoucher naturellement n’est pas possible. S’ouvrir aux maintes possibilités pour un accouchement était surement la tâche la plus difficile pour moi puisque je voulais tant vivre cette expérience au naturel. Ma grande curiosité me poussait à vouloir comprendre ce que ça voulait dire d’accoucher pour mon corps et comment ça allait transformer mon esprit.

Et juste comme ça, lorsque je m’y attendais le moins, une nuit avant ma date prévue d’accouchement, j’avais des douleurs à intervalle de 4 minutes qui étaient supportables. Je ne savais pas trop ce qui se passait et l’idée d’être en travail n’avait même pas traversé mon esprit. Par contre, lorsque je me suis réveillée le matin précédant mes douleurs légères, je réalisais que ces douleurs ne partaient pas et semblaient devenir de plus en plus forte chaque demi-heure.

Vers 9 heures le matin, je fus transportée par la douleur devenue de plus en plus intense. Je commençais à me balancer à quatre pattes, par terre ou sur le bord de mon lit en faisant des sons qui ressemblaient à un chant. C’est comme si, à ce moment là j’étais connectée à toutes les femmes ayant accouchées à travers ce chant semblant ancien, spirituel et intense.

Et là, vers 11 heure le matin, je me suis présentée à la maison de naissance, sans trop savoir à quelle stade de mon accouchement je me retrouvais. Avec grande surprise, ma sage-femme m’informa que j’étais déjà à 6 centimètres de dilation. Elle m’avait félicité d’avoir traversé la moitié de mon accouchement à la maison et me transféra à la chambre ou j’allais devoir entreprendre le reste du travail. Je me sentie soulagée mais la peur commençait à m’envahir car je n’avais pas dormi de la nuit et je me demandais si je pouvais continuer à supporter la douleur qui devenait graduellement plus intense.

C’est là à ce moment de vulnérabilité que je me réfugiais dans des invocations et prières intenses, je demandais à Dieu de m’aider et je répétais des louanges sans cesse. Je sentais une sincérité profonde dans mes prières et un confort intense. C’était mon refuge dans cette tornade semblant mortelle.

Puis, vers 14 heures de l’après-midi, c’était déjà l’heure de pousser. Je sais, c’est vite, j’étais si soulagée mais j’étais effrayée car la douleur vécue atteint un zénith et je ne savais pas si je pouvais continuer. C’est à ce moment que je réalisais que je ne pouvais plus reculer. J’avais déjà escaladé une grande part de cette montagne et en reculant, c’était la mort qui m’attendait. Donc, je recueillis mes dernières forces et je me réfugie dans mes prières et demandai à Dieu de m’assister dans ces derniers moments de douleurs.

Et là pendant que je répétais sans cesse dans ma tête que ce moment passera et ma douleur viendra à une fin, je fis ma dernière poussée .Une immense vague de joie et de soulagement m’envahis quand je vis mon bébé et l’entendis faire ses premiers cris. Et comme ça, naturellement je le soulevai du lit où il s’est déposé et je le serrai contre ma poitrine.

Aujourd’hui, lorsque je raconte à mes amies que j’ai décidé d’accoucher ainsi, je reçois souvent des commentaires comme «pourquoi voudrais-tu traverser toute cette douleur lorsque tu peux facilement l’échapper ?» Ma réponse à cette question revient à ma fascination de la sagesse que la douleur vient nous apprendre. Le fait d’invoquer Dieu le plus sincèrement durant mes contractions, d’apprécier l’aisance après la difficulté et le moment de joie que je vécu lorsque je senti l’odeur de mon bébé la première fois après tant de travail n’a pas de prix. Pour cette raison, je le referai, même si j’ai peur de revivre cette douleur, je ne laisserai pas la peur gagner.

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