Avez-vous peur des services sociaux?

En tant que travailleuse sociale, j’entends régulièrement les gens parler de leurs craintes face aux services sociaux, vous savez ces intervenants de la DPJ qui viennent retirer les enfants de leur famille… Soyons clairs : si les services sociaux et les travailleurs sociaux font si peur, c’est bien en raison de ce fameux mythe.

Essayons tout d’abord de comprendre la différence entre les intervenants sociaux qui travaillent en CLSC ou dans un organisme communautaire VERSUS les intervenants de la DPJ.

Les services sociaux offerts par votre CLSC ou un organisme communautaire sont de type VOLONTAIRE, c’est-à-dire que vous devez être consentant pour les recevoir. Vous n’êtes pas obligé ou contraint à les accepter et vous pouvez à tout moment mettre fin aux services sans aucune explication. Le suivi avec une travailleuse sociale est toujours confidentiel. Vous pourriez avoir recours à leurs services pour toutes sortes de raisons telles que la violence conjugale, un deuil traumatique, dépression, coaching parental, suivi pour votre enfant handicapé, etc. Leur champ de pratique est vaste et leur clientèle très variée.

Chiffres à l’appui

Les intervenants sociaux de la DPJ, quant à eux, appliquent la Loi sur La Protection de la Jeunesse (LPJ). Lorsqu’ils reçoivent un signalement pour un enfant, leur rôle est d’évaluer si la sécurité et le développement du mineur sont compromis en vertu de la loi. Qui peut faire un signalement à la DPJ? Tous les citoyens. Ça peut être un enseignant, une éducatrice, une voisine, une connaissance, l’infirmière, un intervenant social ou un membre de la famille. Bref toute personne qui est témoin d’abus ou de négligence envers un enfant peut le signaler auprès de la DPJ. Certaines catégories de professionnels ont par ailleurs l’obligation de signaler (Professionnels travaillant auprès des enfants, employés des établissements du réseau de la santé et des services sociaux, enseignants, personnes œuvrant dans un milieu de garde et policiers). Vous comprendrez qu’à partir du moment où la DPJ est impliquée, on ne parle plus d’intervention volontaire. Le parent et les professionnels œuvrant auprès de l’enfant n’ont pas le choix de collaborer.

La DPJ n’a pas pour objectif de retirer les enfants de leur famille, mais bien de les protéger en cas de situation d’abus ou de négligence, qui menacent leur sécurité et leur développement. Je ne suis pas en train de vous dire que la DPJ ne retire jamais des enfants de leur milieu de vie, ça serait vous mentir. Mais rassurez-vous ce type d’intervention est considéré en dernier recours. Voici quelques chiffres qui pourraient vous rassurer : La DPJ de Montréal a reçu 87 800 signalements en 2015-2016. Après étude du dossier, 29 856 signalements ont été retenus, soit 39,8 % des signalements reçus. Des cas retenus, donc où il a été considéré que la sécurité et le développement de l’enfant ou de l’adolescent sont compromis, environ 50% demeure avec leurs parents pendant l’intervention de la DPJ et environ 8% avec un membre de leur famille étendue. La DPJ tente plus que jamais de travailler en collaboration avec les parents afin que la situation de compromission cesse et que les enfants puissent rester auprès de leur famille d’origine.

Revenons aux intervenants sociaux qui travaillent dans un contexte volontaire (CLSC, organisme communautaire). Ces derniers tentent de soutenir des individus, des couples ou des familles vivant en contexte de vulnérabilité. Leur profession leur demande d’être à l’écoute et de créer un lien de confiance avec la personne qui vient consulter, afin de l’accompagner dans l’atteinte de ses objectifs.

Le malaise des communautés culturelles

Les communautés culturelles ont souvent peur des services sociaux, car il s’agit tout d’abord de services qui leur sont peu familiers. Au fil des décennies le mythe sur la DPJ a fait son chemin et j’ajouterais, bien du mal. Toutefois, cette réticence vers les services sociaux n’est pas uniquement attribuée à la crainte de la DPJ. Plusieurs croyances viennent s’ajouter tel que :

– « Consulter un thérapeute/psychologue, c’est pour les gens qui sont malades mentales, bref les fous! » Il faut savoir que la santé mentale est un grand tabou dans certaines communautés. Sur le terrain je vois des situations où les familles ont tellement tardé à chercher de l’aide que la santé mentale de la personne ne s’en est qu’aggravée. Intervenir le plus tôt possible est crucial.

-« Consulter c’est admettre son échec ». Vous ne pensez pas que reconnaitre une difficulté et chercher de l’aide pour y remédier, c’est justement une démarche d’espoir, qui vise à rétablir un équilibre dans sa vie. Nous aurions tous intérêt à  le voir ainsi.

-« Si je consulte un intervenant d’origine québécois de souche, il ne comprendra pas ma réalité culturelle et je risque d’être jugé ». En fait, la réalité multiculturelle de Montréal est bien connue de la majorité des intervenants sur le terrain, leur formation de base incluant l’approche interculturelle. Ces derniers sont formés pour intervenir auprès des communautés culturelles, dans le respect des valeurs et cultures d’origine.

Pourquoi attendre d’être au bout du rouleau ou en crise pour chercher de l’aide ? Il s’agit de ressources gratuites et accessibles, qui auraient pu être utiles à bien des personnes ou des familles. La prochaine fois que vous vivrez des difficultés que se soit avec vos enfants, dans votre couple ou de santé mentale et que vous ressentez le besoin de consulter, posez-vous la question. Mes craintes sont-elles justifiées? Pourquoi ne pas vous donner une chance d’essayer, quitte à refuser les services après une ou deux rencontres?

Appelez votre CLSC ou tout autre organisme d’aide à la personne. Ne restez pas seul(e) face à vos problèmes.


Zayneb El-Mardi est travailleuse sociale en CLSC depuis 8 ans. Elle travaille actuellement auprès des familles dans un territoire très multiethnique de l’île de Montréal. Elle privilégie l’approche humaniste et interculturelle dans ses interventions.

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