Québécois de la loi 101: un (autre) témoignage

Avant propos de la Rédaction.

Nous avons reçu ce texte il y a quelques mois. On ne savait pas trop quoi en faire, mais on savait qu’il avait sa place quelque part sur notre plateforme. L’auteure n’est pas maman ni proche de l’être, mais elle nous a approchée en disant se sentir comme un p’tit coeur culturellement modifié. Et clairement, cette génération cherche encore un porte-voix. Son histoire ressemble à des dizaines d’autres au Québec. Elle ressemble particulièrement aux histoires entendues dans le documentaire les Québécois de la loi 101, diffusé sur les ondes de RDI le jeudi 24 août. Et sa conclusion, troublante de simplicité, vaut le détour. 

***
Je suis née en Algérie, arrivée ici pas plus haute que trois pommes. Lui, il est né ici de parents marocains. Nous avons grandi au Québec.

« Tu t’sens plus québécois ou marocain? », lui demandais-je, curieuse d’entendre la perspective d’un autre face à mes propres réflexions. Il n’a pas fallu bien longtemps pour que l’on soit d’accord pour dire qu’il ne se sentait pas plus québécois que marocain, que je ne me sentais pas plus algérienne que québécoise. Qu’on était les deux et pourquoi donc avoir à tout prix à choisir. Nous étions aussi d’accord pour dire que c’était une réalité que plusieurs personnes que nous rencontrions n’arrivaient pas à saisir.

C’est vrai. Je n’ai pas la tête d’une Sophie, ni lui d’un Alexandre. Je porte le voile, il est brun de peau. Mais être Québécois, est-ce par le nom et l’apparence qu’on gagne le droit de l’être? Il faut dire que lorsque je rencontre une nouvelle personne, on me pose souvent LA question : « Tu viens d’où? ». J’hésite à donner ma réponse. Vais-je choisir la réponse courte et expéditive ou le récit de mon parcours? Car puisque ce n’est pas une question simple, la réponse ne l’est pas non plus.

J’avoue qu’à travers mon récit, je cherche à faire reconnaître que je suis d’ici même si mon nom et mon apparence sont différents de l’habituel. Je cherche aussi à rester authentique en partageant des détails importants sur la ville qui m’a vu naître, sur le choix de mes parents. Certes, j’espère qu’on verra plus loin que le récit de mes origines. J’espère qu’on verra également d’autres facettes de moi autre que celle-là, qui reste respectable, chère, essentielle. J’espère que lorsque je répondrai un jour «je viens du Québec », on ne me lancera plus « Et ton vrai pays?». Qu’on s’intéressera à moi de façon plus profonde que par la gastronomie. Que peu à peu, mais très vite, on s’habituera à ce que des Houda et des Ayoub, soient des Québécois.

Je ne vis pas dans une réalité parallèle, dans une contrée lointaine. Je suis la fille d’à côté, celle qui vit dans le hood. On vit dans le même pays cher(e) ami(e), on partage le même espace, on se voit de temps en temps, on étudie côte à côte, on voyage et on travaille ensemble. Ce qui se passe dans notre quartier influence nos vies à tout les deux.

Je ne pense pas qu’il y ait de réponse facile, parfaite ou exacte. J’aime continuer mes récits, car j’ai tout le loisir de me définir avec mes propres mots. L’identité est une question qui reste complexe. Un entrecroisement perpétuel de multiples bagages qui se concilient, vivent ensemble, partagent, échangent, s’influencent mutuellement, s’harmonisent. C’est une paix qui se travaille, qui se cultive et qui est une responsabilité collective.

Pourquoi est-ce que je pense que ce dilemme entre deux appartenances est important? Car il nous mène à un autre dilemme plus coriace. Pendant qu’on remet en question la conciliation entre les différentes identités, que l’on valorise une partie d’identité contre une autre, on envoie aux jeunes le message qu’ils n’ont de valeur qu’effrités en morceaux, et jamais entiers.

Méchant dilemme.

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