30 ans, 2 kids et 1 cancer

Lorsqu’une femme accouche d’un enfant, elle profite normalement de son congé de maternité pour se consacrer à son bébé et à elle-même, dans la mesure du possible. Pas moi. J’ai passé ce temps-là dans la confusion la plus totale, à survivre et à me débattre.

Il était une fois, une jeune maman en post-partum qui remarque une bosse sur son cou. Comme ça, un beau matin, out of nowhere, j’ai une bosse. Je ne l’ai pas vue venir du tout. J’avais pourtant remarqué que je n’étais plus du tout la même depuis mon accouchement. I was going insane. Dans ma petite tête, ça n’allait pas bien du tout. J’étais devenue une tout autre personne et je n’y comprenais rien. J’en pleurais d’impuissance et de confusion, moi, nouvellement maman d’un deuxième petit bébé surprise, dont je n’avais pas l’énergie de m’occuper. J’ai passé mon congé de maternité dans un trou noir, ne comprenant pas ce qui m’arrivait.

Ce n’est qu’un an plus tard que j’ai compris que ce n’était pas que dans ma tête, que je n’étais pas folle de croire que ça n’allait pas tout rond. Il faut savoir s’écouter. Je le savais au fond de moi que quelque chose n’allait pas. En fait, j’étais sous l’emprise de ma glande thyroïde qui agissait de façon anarchique à cause d’une tumeur de 2,5 cm et de 2 autres petites sœurs qui tâtaient le terrain aussi. Pourtant, mes tests sanguins avaient toujours été normaux…

Des kids et des blasphèmes

Cette année-là, pendant mon congé de maternité, je ne me reconnaissais plus du tout, car mes hormones thyroïdiennes me menaient par le bout du nez. Ce n’est pas juste la maladie en tant que telle que j’ai trouvée difficile. Le plus dur, c’était d’être malade lorsqu’on est maman. Vous comprenez que dans le trou noir où j’étais, la maternité a pris le bord. Avec un nouveau-né et un toddler qui prenaient tout mon temps, je ne pouvais pas trop niaiser.

Je ne pouvais pas passer mon temps à me haïr, et pourtant je souffrais dans mon rôle de maman, n’y trouvant aucune joie. La maladie ne me le permettait pas. Chapeau à mon mari, qui a su prendre la relève. Moi qui étais une maman heureuse et ben glamour avant tout cela, la maternité m’était devenue un fardeau. J’étouffais devant cette responsabilité et j’avais la frousse. Je remettais tout en question. Je dialoguais avec Dieu et Lui demandais pourquoi avoir des enfants si j’étais pour être malade et inapte à m’en occuper. Ingrate que j’étais. Beaucoup peuvent dire que je blasphème. Alors, je dirais que j’ai blasphémé en titi. Je suis humaine après tout. Je le dis maintenant, mais durant cette période, je me considérais comme un monstre de me sentir ainsi. La culpabilité de maman et de la croyante-non-reconnaissante m’a poursuivie longtemps. Maudite thyroïde.

Le fait de savoir que c’était un cancer qui causait mon état m’avait rassuré un peu, I could move on. Je pense à toutes ces mamans qui vivent des dépressions majeures pendant des années, but that can’t move on. J’ai, par la suite, subi deux opérations chirurgicales et un traitement radioactif. Vous savez, c’est drôle à dire, mais vivre ce processus médical a été beaucoup plus facile que de vivre avec ces tumeurs qui m’avaient complètement déboussolé la tête. J’ai enfin pu respirer et avoir un break. Les symptômes de dépression se sont beaucoup atténués depuis mes opérations, Dieu merci. Ça a été un huge relief. Évidemment que cela ne disparaît pas en un claquement de doigts. Le corps est beaucoup plus complexe que ça. C’est beaucoup d’autodiscipline et un travail constant sur soi-même.

Une zombie heureuse

Maintenant, je m’adapte à une tout autre réalité, une réalité beaucoup moins dramatique. Je n’ai plus de thyroïde et je suis en hypothyroïdie pour le restant de ma vie. Je me sens toujours comme une zombie, mais une zombie heureuse. J’étais rassurée de retrouver enfin une certaine normalité dans ma routine sans avoir envie de me cogner la tête aux murs à chaque pleur d’enfant. Enfin, je peux respirer.

Ma rémission m’a donné de l’espoir. On réalise qu’effectivement, you will get better, que oui, ça va passer et qu’on est plus fort qu’on le pense. Il y aura aussi des petits downs où tout ça te frappe au visage et que des larmes coulent silencieusement. Je suis tellement dans le mode survie que j’oublie de m’asseoir deux minutes pour juste process it all, mais c’est ben correct aussi. Je me concentre plus sur ma guérison que sur le passé, car il ne me définit pas. Je me considère comme chanceuse dans beaucoup de choses et la maladie m’a juste permis d’en être encore plus reconnaissante. Ça a été un wake-up call. Une nouvelle personne est née. Depuis que je suis en rémission, je reprends tranquillement le contrôle sur ma vie et je change des habitudes que je n’aurais jamais cru être capable de changer. Quand il est question de ton bien-être physique et psychologique, de ta santé mentale, c’est incroyable comment notre corps réclame haut et fort son dû. Il faut l’écouter.

En tant que maman, j’apprends à accepter mes limites. Je m’adapte à ma nouvelle réalité hypothyroïdique et je laisse tomber les normes des supermoms de Pinterest. Ce petit démon qui me traite d’incompétente, j’ai tôt fait de l’étouffer. Je me dis que si Dieu a voulu que je sois une mère, c’est parce que I deserve it et que mes enfants deserve me as a mom. Je suis toujours fatiguée et en manque de sommeil. Je ne me surmène pas. C’est chill et Netflix, mais version kids. Je priorise mon bien-être afin d’être plus apte à m’occuper de ma famille. Toute ma vie, ma devise a toujours été : « Jamais je ne me négligerai ». Mon Dieu que ça m’a sauvé dans beaucoup de circonstances. Il faut savoir s’écouter et s’occuper de soi pour mieux faire face aux défis de la vie, sinon on se noie. Dans tout ça, dans toute cette vie, I’m trying my best. C’est peut-être difficile, et un combat de tous les jours, but I’m trying, always, and I’ll die trying.

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6 Comments

  • OOhh comment je te comprends, je suis moi même une hypothyroïdique pour la vie, deux opérations chirurgicales et un traitement radioactif mais avant d’avoir mes enfants ce qui change la donne mais qui fait de moi une maman fébrile et sensible.
    Ce qui est beau dans le négatif c’est qu’il nous apporte souvent du positif après ……….
    Merci pour ce témoignage

    • Merci pour ton message! C’est rassurant de voir que d’autres personnes s’y retrouvent, que je ne suis pas la seule. Je te souhaite beaucoup de courage et de patience car on sait très bien notre réalité n’est pas facile. Merci encore.

  • Ma mère a le même problème, la pauvre. elle souffre d’une faiblesse chronique et des dépressions répétées sur n’importe quelle chose :'( . Toutefois, elle a réussi à bien nous élever malgré tout ses problèmes de santé. Hamdoulilah.

    • Quelle femme courageuse! Ca me rassure et ça m’encourage aussi de savoir que peut-être que je serais une pas pire maman inshAllah! C’est un combat d’une vie.Que Dieu nous donne la force. Merci pour ton message.

  • Votre article m a ému ma soeur je ne me trouve pas dans le même cas que vous et je remercié dieu pour ma sante mais je vous comprend tout a fait que dieu soi avec vous et vous donne la force et le courage qui il faut pour surmonté tout ça

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